Loin d’être une idée abstraite, le vivre-ensemble est un effort conscient et collectif mené chaque jour dans les écoles, les milieux de travail, les organismes et les quartiers partout dans le Suroît où se côtoient plus que jamais des personnes d’origines, de langues et de parcours de vie de plus en plus variés. Cette réalité, une région qui se diversifie, c’est une richesse qui revêt des exigences nouvelles. C’est une responsabilité, pas seulement une donnée, et cette responsabilité est partagée par la communauté. Une œuvre commune, un projet qui a une visée très claire : construire un milieu où chacune et chacun peut trouver sa place et participer pleinement à la société.
Nous reprenons cette idée voulant que cette évolution représente une richesse qui amène de nouvelles perspectives, de nouvelles expertises aussi, et une diversité qui rajeunit et dynamise notre territoire. Nous souhaitons cependant insister : elle requiert que l’on retravaille de façon permanente un nous, qui n’apparait pas spontanément. Ça prend des gestes, aussi simples soient-ils, des rencontres, des conversations, une volonté d’aller vers l’autre, de part et d’autre, et éventuellement des projets rassembleurs et inclusifs.
C’est dans cet esprit, précisément, que s’inscrit la première édition du concours d’écriture Tes mots font la différence, organisé par le CRESO dans le cadre du projet Le vivre-ensemble, une responsabilité sociale et collective. Nous avons proposé aux élèves de 4e et 5e secondaire du Centre de services scolaire de la Vallée-des-Tisserands (CSSVT) de réfléchir à cette réalité, de l’interpréter à partir de leur propre vision et de s’exprimer directement autour de ce thème important qu’est le vivre-ensemble.
Nous avons choisi le médium d’expression qu’est l’écriture pour accéder à la réflexion originale de ces jeunes, un médium qui demande de ralentir, de prendre le temps de choisir les mots qu’il faut, mettre de l’ordre dans ce que l’idée nous inspire. C’est non seulement dépasser les clichés et les réactions spontanées, mais c’est aussi donner la voix aux jeunes, ne pas leur imposer un discours. Recevoir, en quelque sorte, un peu de vrai au travers des approximations et idées reçues et faire confiance à cette vérité. Que les jeunes posent eux-mêmes le regard, le diagnostic dirions-nous, sur leur communauté qui évolue. Et nous n’avons pas été déçu, au contraire.
Les œuvres soumises étaient marquées par une diversité de styles formidable. Certains élèves ont choisi de raconter leur propre parcours migratoire ou celui de leur famille, ou encore d’une ou d’un élève fictif (ou à peu près) ; d’autres ont préféré réfléchir aux préjugés, à l’exclusion, à l’amitié ou au sentiment d’appartenance. Quelques-uns ont adopté la forme du récit, d’autres celle de la poésie ou du texte argumentatif. Le jury, composé de trois acteurs externes aux écoles concernées (donc impartiaux), a eu l’honneur de lire des textes anonymisés impressionnants par leur nuance, leur humanité et l’authenticité de leur proposition ou réflexion. Ce comité de lecture auquel participaient M. Pierre Desil, agent Place aux jeunes de la MRC du Haut-Saint-Laurent, Mme Marie-Pier Marleau, enseignante en francisation au Centre de formation générale des adultes des Tisserands et M. Thomas Gauvin, chargé de projets en relations interculturelles et porteur de l’initiative, a retenu six textes (deux par école) s’étant particulièrement distingué et méritant des bourses d’une valeur totale de 1 500 $. En voici les autrices et les auteurs :
École de la Baie-Saint-François
Prix du jury
Plamyen Roméo A’sodjeu Tedjouteu
Là où les mots ouvrent des portes
Prix coup de cœur
Aïssatou Diallo
Le petit geste qui a changé mon arrivée
École Arthur-Pigeon
Prix du jury
Rose-Élie Richard
La face cachée du peuple inclusif
Prix coup de cœur
Ludivine Djiolo
Pour qu’aucune Gisèle ne soit oubliée
École secondaire des Patriotes-de-Beauharnois
Prix du jury
Raphaëlle Marcil
Vivre ensemble
Prix coup de cœur
Marine Cormier
L’antipathie mondiale
Nous avons été agréablement surpris par la participation enthousiaste que nous avons reçue au 1er mai dernier et nous félicitons tous les élèves ayant soumis un texte ; cela témoigne de leur engagement particulier envers la question, un engagement, nous le croyons, pérenne.
Ces jeunes sont au cœur d’un contexte régional particulier. Pendant ne serait-ce que leurs cinq années de secondaire, ils et elles ont vu à leur milieu se greffer des centaines de nouvelles et nouveaux jeunes Québécois de toute origine. Les chiffres du ministère de l’Éducation en témoignent :
Établissement | 2021-2022 | 2025-2026 |
École de la Baie-Saint-François | 5 % | 16 % |
École Arthur-Pigeon | 1 % | 7 % |
École secondaire des Patriotes-de-Beauharnois | 2 % | 8 % |
Ensemble du CSSVT | 2,5 % | 10 % |
Proportion d’élèves issus de l’immigration de première génération.
Ces chiffres témoignent de la transformation récente du portrait sociodémographique de nos écoles, comme peuvent en témoigner également les équipes-écoles elles-mêmes et les élèves. Ce n’est pas en nombre absolu que les changements sont notables, c’est la vitesse de cette évolution qui est notable et qui demande, justement, de réfléchir et de mobiliser concrètement autour du dialogue interculturel, de la curiosité, de l’écoute et de l’ouverture. On contrecarre ce rythme en adoptant justement une posture un peu plus radicale, celle d’une considération de bonne foi presque inconditionnelle, posture parfois exigeante individuellement mais collectivement porteuse. Une posture que la jeunesse du Suroît s’étant exprimée dans les textes soumis a tout naturellement adoptée et proposée à son tour, dans ses mots, elle qui a vécu cette évolution dans son quotidien. Elle a trouvé une sorte d’équilibre en saisissant le commun tout en acceptant les différences, dans la tradition de l’interculturalisme québécois, un modèle de vivre-ensemble nuancé et actif dont nous devrions être fiers.
Nous espérons que cette première édition constituera le premier point de ralliement annuel d’une mobilisation collective permanente sur le vivre-ensemble menée par les jeunes, non seulement parce qu’ils en seront les principaux acteurs demain, mais parce qu’ils le sont déjà aujourd’hui.
Nous souhaitons également souligner la précieuse collaboration des enseignantes du CSSVT qui ont présenté le concours à leurs élèves et les ont accompagnés au courant de leur démarche, de même que les professionnelles du CSSVT, notamment l’équipe d’Intégration linguistique, scolaire et sociale, dont l’engagement a permis à ce concours d’être un succès.
Le CRESO remercie le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, dont le soutien financier a rendu possible le projet qui porte ce concours, Le vivre-ensemble, une responsabilité sociale et collective, ainsi que la Ville de Beauharnois et Mme Carole Mallette, députée de Huntingdon, dont les contributions ont permis de financer les bourses remises aux élèves dans leur région respective.
Nous félicitons une dernière fois les lauréates et les lauréats pour cette belle réussite. Puisse-t-elle nous inspirer toutes et tous à faire un peu plus, un peu mieux. En ce sens, nous vous invitons à découvrir les quelques extraits ci-dessous.
À l’année prochaine !
Thomas Gauvin, chargé de projets en relations interculturelles
Extraits des textes
« Le vivre-ensemble, ce n’est pas seulement accepter la différence. C’est lui faire de la place. C’est comprendre que ce qui nous rend humains, ce n’est pas d’être pareils, mais d’être capables d’accueillir l’autre sans le réduire à ce qui le distingue. »
Plamyen Roméo A’sodjeu Tedjouteu
« Aujourd’hui, je suis encore un peu timide, mais je me sens beaucoup plus à ma place qu’avant. Je n’oublierai jamais ce moment devant mon casier, parce qu’un simple geste de gentillesse peut vraiment changer la vie d’une personne. »
Aïssatou Diallo
« Tout le monde a besoin d’un temps pour défaire ses valises, alors trouvons des moyens de s’entraider et d’alléger la tâche. Je souhaite fortement que notre peuple puisse partager de plus en plus ses belles valeurs envers tous ceux qui les entourent, plutôt que de s’arrêter face à la différence. »
Rose-Élie Richard
« Vivre ensemble c’est donner l’opportunité à tous, peu importe l’origine, de se sentir aimés et accueillis. C’est permettre à chacun de se sentir comme chez soi. C’est choisir la diversité culturelle plutôt que le racisme. »
Ludivine Djiolo
« C’est donc à ce moment qu’on doit se demander, que faut-il faire ? Quels gestes pouvons-nous poser, aussi minimes soient-ils, afin de démontrer notre ouverture à la différence ? La diversité est une chance, un atout que nous possédons. C’est un aspect fondamental qui crée la beauté de notre monde. »
Raphaëlle Marcil
« J’espère qu’un jour notre société pourra réaliser que la différence est ce qui nous rend le plus beau
C’est ce qui nous fait apprendre et évoluer
Et qui nous mènerait vers une communauté inclusive, aimante et fixée vers un esprit qui irait rejoindre l’altruisme. »
Marine Cormier